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Vers un diagnostic rigoureux du TDAH et une prise en charge adaptée

Ces dernières années, la reconnaissance des symptômes du TDAH (Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité) a beaucoup progressé, mais de nombreuses personnes — enfants, adolescents, et adultes — ne suivent pas toujours un parcours de validation complet auprès d’un médecin spécialiste. Pourtant, après un premier bilan ou des signes identifiés, cette étape est cruciale pour garantir une prise en charge adéquate et éviter les confusions avec d’autres troubles.

 

Un biais de perception grandissant autour du TDAH


Le TDAH est aujourd’hui victime d’un biais de perception important. Environ 5 à 7 % des enfants en âge scolaire et 2,5 % des adultes seraient touchés par ce trouble, selon l’OMS et les études de la HAS  . Cependant, la médiatisation croissante et les discussions en ligne autour de ce trouble conduisent parfois à une perception exagérée. Cette perception biaisée est renforcée par le fait que le TDAH est l’un des troubles neurodéveloppementaux les plus souvent mal compris et, selon certaines enquêtes, jusqu’à 60 % des personnes autodiagnostiquées pourraient ne pas avoir de TDAH réel, mais être influencées par des informations trouvées en ligne incomplètes ou fausses.


« Beaucoup de gens s’autodiagnostiquent à cause des réseaux sociaux. Les psychiatres voient de plus en plus de patients qui arrivent en disant : “J’ai un TDAH et je suis ici pour un traitement” ».

Dr Karrupiah Jagadheesan, psychiatre à Melbourne et président du Comité de Réseau sur le TDAH au Collège royal australien et néo-zélandais des psychiatres (RANZCP),


 Christopher Ouizeman, Directeur de la Fondation TDAH, confirme cette tendance : « Grâce au Dr Google, tout le monde pense être atteint de TDAH. Beaucoup de gens s’autodiagnostiquent et passent de clinique en clinique jusqu’à obtenir un diagnostic positif »  .

Cette mode de l’autodiagnostic est principalement alimentée par la visibilité de récits personnels sur TikTok et Instagram, renforçant l’idée erronée que le TDAH concerne une large population, a récemment conclu l’Australian Psychological Society (APS).


Cette association de psychologues (APS) va même plus loin en expliquant qu'aujourd'hui le TDAH est de plus en plus perçu positivement, en contraste avec son image passée de “syndrome du garçon turbulent”. Ce trouble est désormais souvent associé à des qualités comme la créativité et l’originalité, considérées par certains comme un “superpouvoir”. Par ailleurs, des mécanismes psychologiques comme la contagion sociale (le fait que les personnes influencées par celles qui les entourent tendent à partager des expériences similaires) et le biais de confirmation (le fait de ne rechercher que les informations confirmant une croyance déjà établie) sont amplifiés par les réseaux sociaux. Ensemble, ces phénomènes favorisent une vague d’autodiagnostics de TDAH.


Le bilan initial : une première étape importante mais insuffisante


Le bilan neuropsychologique ou psychologique est souvent le premier pas pour évaluer la présence de symptômes associés au TDAH. Ce bilan est normé et étalonné, reposant sur des tests spécifiques validés scientifiquement. Conçu pour fournir un cadre de référence précis selon l’âge et le profil de la personne, il permet de dresser un tableau des difficultés et des forces de celle-ci, en repérant des signes potentiels de TDAH, comme l’inattention, l’hyperactivité ou l’impulsivité.


Contrairement aux idées reçues, diagnostiquer un TDAH est un processus complexe qui ne peut pas se réduire à l’observation de quelques comportements isolés. Ce bilan inclut une évaluation rigoureuse de divers aspects cognitifs, notamment l’attention, la mémoire de travail, et les fonctions exécutives. Ces tests standardisés sont complétés par des évaluations cliniques approfondies, comprenant des observations et des entretiens sur l’histoire personnelle, scolaire ou professionnelle de la personne. Cela permet de distinguer les signes d’un TDAH d’autres troubles (anxiété, troubles de l’humeur, troubles de l’apprentissage, etc.) qui peuvent présenter des symptômes similaires.


Il est important de souligner que, bien que nombreux soient les spécialistes compétents dans ce domaine, tous n’ont pas forcément la même formation ou la même expérience concernant le TDAH. Ainsi, il est vivement recommandé aux personnes concernées de s’orienter vers des professionnels spécifiquement formés au diagnostic et à la prise en charge du TDAH, tels que les neuropsychologues ou les psychiatres possédant une expertise avérée dans ce domaine. Certains témoignages montrent que des avis divergents ou une minimisation des symptômes peuvent survenir lorsque les professionnels consultés n’ont pas une connaissance approfondie du trouble. S’entourer de spécialistes formés est donc essentiel pour garantir une évaluation précise et un suivi de qualité.


Aujourd’hui, ces bilans sont réalisés par des professionnels spécialisés, mais l’accès à ces évaluations est souvent limité par des délais d’attente qui peuvent atteindre plusieurs mois en raison d’une forte demande. En mai 2024, la HAS a insisté particulièrement sur la nécessité d’interventions pluridisciplinaires et propose la mise en place de plateformes de coordination pour orienter les familles vers des professionnels qualifiés, réduisant ainsi les délais d’attente et garantissant une prise en charge plus structurée  .


J’avais déjà évoqué ce point dans un précédent article (ici), en insistant sur le fait qu’un bilan initial est essentiel pour poser les bases de la compréhension du trouble. Cependant, ce bilan reste une étape d’évaluation et ne remplace pas la confirmation d’un diagnostic officiel par un spécialiste médical, ce qui amène à la question suivante.


Pourquoi l’étape après le bilan est-elle essentielle ?


Beaucoup de personnes s’arrêtent au bilan initial sans faire valider leur diagnostic par un psychiatre ou un neurologue spécialisé. Dans mon cabinet, je rencontre souvent des adultes, adolescents et enfants qui n’ont pas suivi ce parcours de validation jusqu’au bout. Pourtant, cette validation médicale est cruciale car elle permet :


D’éviter les erreurs de diagnostic : le TDAH partage de nombreux symptômes avec d’autres troubles (anxiété, dépression, troubles du sommeil). Seul un spécialiste peut effectuer un diagnostic différentiel pour exclure d’autres pathologies ou identifier une co-morbidité. En l’absence de cette validation, des troubles non diagnostiqués peuvent rester sans prise en charge, ou à l’inverse, des traitements inadaptés peuvent être mis en place.

De bénéficier d’une prise en charge complète : la validation médicale ouvre la porte à des traitements adaptés, qu’il s’agisse de soutien thérapeutique ou, dans certains cas, de médicaments. La Haute Autorité de Santé (HAS) a d’ailleurs rappelé dans ses recommandations de 2023 que la validation médicale est indispensable pour garantir un suivi efficace.


Chez les adultes, cette absence de validation peut parfois sembler tolérable. Certains peuvent s’accommoder du résultat du bilan qui leur permet de mettre un nom sur leurs difficultés et d’adopter des stratégies d’adaptation. Cependant, si ces stratégies d’adaptation deviennent trop coûteuses sur le plan émotionnel, professionnel ou relationnel, une validation médicale devient indispensable pour envisager un accompagnement ou des traitements qui allégeront ces efforts.


Pour les enfants et adolescents, ne pas aller jusqu’au bout du parcours diagnostique peut être un frein majeur, en particulier dans leur parcours scolaire. Environ 40 % des jeunes TDAH sans accompagnement thérapeuthique ou médical adéquat présentent des risques accrus de décrochage scolaire et de difficultés relationnelles importantes, d’après les statistiques de la HAS .


 

Les recommandations de la HAS en 2024 rappellent l’importance cruciale de suivre un parcours de diagnostic complet, en particulier pour les enfants et adolescents. Pour les personnes réellement touchées, aller jusqu’au bout de ce parcours est indispensable pour éviter les confusions avec d’autres troubles et garantir une prise en charge adaptée à leurs besoins. Dans un contexte où les autodiagnostics et les informations simplifiées sur les réseaux sociaux banalisent le TDAH, cette démarche structurée, validée par des spécialistes, permet de sécuriser le suivi et de donner aux jeunes patients un accès aux ressources nécessaires pour s’épanouir.


Ces nouvelles directives de la Haute Autorité de Santé (organisme public indépendant) recentrent le TDAH dans un cadre médical solide, apportant ainsi un bénéfice à toute la société et un soutien durable aux personnes concernées, qui espèrent souvent simplement que leur vie quotidienne devienne plus facile et mieux adaptée à leurs besoins.


Sources :

World Health Organization (OMS) - Estimations des taux de TDAH chez les enfants et adultes - https://www.who.int/

Haute Autorité de Santé (HAS) - Recommandations de 2023-2024 sur le TDAH - https://www.has-sante.fr/

Australian Psychological Society (APS) - “Impact of Social Media on ADHD Self-Diagnosis” - https://www.psychology.org.au/

Dr Karrupiah Jagadheesan, RANZCP - Comité de Réseau sur le TDAH du Collège royal australien et néo-zélandais des psychiatres (RANZCP) - https://www.ranzcp.org/

Christopher Ouizeman, directeur de la Fondation TDAH - https://www.adhdfoundation.org.uk/

Psychology Today - “ADHD Is Now Widely Overdiagnosed and for Multiple Reasons” - https://www.psychologytoday.com/

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