« On dirait pas que t’es autiste ! »
- Adèle Wistrand
- 4 nov. 2024
- 3 min de lecture
Combien de fois a-t-on entendu cette phrase ? « On dirait pas que t’es autiste ! ». En apparence anodine, elle reflète une méconnaissance des réalités de l’autisme, réduisant souvent ce trouble à des stéréotypes. Bien sûr, ces mots ne sont pas mal intentionnés ; ils viennent souvent de personnes bienveillantes. Pourtant, l’autisme est unique à chaque personne, et ses manifestations bien plus variées qu’on ne l’imagine.

L’effet des clichés sur la perception de l’autisme
Les idées préconçues sur l’autisme proviennent souvent de représentations culturelles. Les films et séries présentent des personnages autistes qui correspondent à une image limitée : des individus intellectuellement brillants mais socialement décalés, comme dans la série The Good Doctor. En réalité, l’autisme touche environ 1 % de la population en France, soit près de 700 000 personnes aux profils très variés. Cette uniformisation dans les médias crée des attentes irréalistes et excluantes, laissant croire que l’autisme se reconnaît à certains traits visibles (difficulté à établir un contact visuel, comportements répétitifs, absence d’empathie ou intérêts très spécifiques et obsessionnels).
Pourtant, l’autisme est souvent invisible. Certains autistes passent des années sans être diagnostiqués, en partie parce que leur condition ne se manifeste pas de manière évidente. Beaucoup adoptent des stratégies d’adaptation discrètes mais épuisantes. Selon des estimations, environ 80 % des adultes autistes utilisent le camouflage, ou « masking », pour masquer leurs comportements autistiques et se conformer aux normes sociales, souvent au détriment de leur bien-être psychologique.
Les mots ont un poids réel. En disant à quelqu’un « Tu ne fais pas autiste », on peut ignorer les efforts immenses qu’il met en œuvre pour correspondre aux attentes sociales. Cette phrase, bien qu’innocente, minimise les défis et l’épuisement vécus par la personne. Le Dr. Tony Attwood, psychologue spécialiste de l’autisme, explique d’ailleurs :
« La capacité des personnes autistes à s’adapter socialement en masquant leurs traits autistiques contribue aux diagnostics tardifs et aux incompréhensions. Ce camouflage peut sembler une force, mais il est souvent associé à un coût psychologique élevé. »
Réalité de l’autisme : bien plus qu’une étiquette
Depuis 2013, la classification médicale a évolué pour regrouper toutes les formes d’autisme sous une même appellation : le « trouble du spectre de l’autisme » (TSA). Avant, on parlait d’autisme « classique », de syndrome d’Asperger ou d’autisme atypique, mais ces étiquettes ont été abandonnées pour reconnaître que l’autisme se manifeste sur un continuum de comportements et d’expériences, unique à chaque personne. En parlant de spectre, on montre qu’il n’y a pas un seul type d’autisme mais une infinité de façons de vivre cette condition.
Au cabinet, je reçois des personnes autistes qui disent des choses frappantes : « Je ne sais plus qui je suis », ou encore « Je me conforme à ce que je comprends qu’on attend de moi ». Beaucoup décrivent cette capacité de « caméléon » qu’ils développent en société. À force de se fondre dans les attentes, ils en viennent à perdre leur propre identité. Le mal-être est réel et profond. Ce besoin d’adaptation constant crée un décalage entre ce qu’ils montrent et ce qu’ils ressentent, un conflit intérieur qui peut commencer dès l’enfance.
Alors, si l’envie vous prend de dire à quelqu’un « Tu ne fais pas autiste », demandez-vous peut-être ce que vous ne voyez pas. Derrière les apparences, il y a souvent des efforts quotidiens pour s’adapter, pour se fondre dans un moule social qui ne leur correspond pas toujours. Mieux comprendre l’autisme, c’est accepter que chaque parcours est unique, sans besoin de le ranger dans des cases préconçues.
Sources :
Autisme Info Service - Informations sur la prévalence de l’autisme en France.
Comprendre l’autisme - Article sur le camouflage social chez les personnes autistes.
Maison de l’Autisme - Définition et explications sur l’autisme et ses formes, y compris l’évolution vers le terme TSA.
Handicap.gouv.fr - Informations sur la stratégie nationale pour l’autisme et les troubles du neurodéveloppement, avec des statistiques sur le camouflage et l’inclusion.
Cairn.info - Étude sur le camouflage social et ses effets psychologiques, y compris le coût émotionnel et l’identité.
Attwood & Garnett Events - Présentation du camouflage chez les femmes autistes, expliquant les impacts psychologiques liés à l’adaptation sociale.